POLITIQUE - Le pouvoir politique

POLITIQUE - Le pouvoir politique
POLITIQUE - Le pouvoir politique

La lutte pour le pouvoir est au centre de la vie politique: selon les sociétés et les régimes, des partis, des factions, des clans ou des familles se battent pour prendre le pouvoir ou s’y maintenir. La réflexion sur le pouvoir est au centre de la philosophie politique: depuis Platon, elle ne cesse de se demander comment et à quelles conditions un ou plusieurs hommes peuvent gouverner toute une cité. Du procès de Socrate à l’affaire Dreyfus et aux purges staliniennes, des tueries de César Borgia aux camps de concentration hitlériens, le scandale de l’abus de pouvoir renouvelle toujours l’interrogation sur ce qui justifie le pouvoir politique et sur ce qui pousse tant d’hommes à risquer leur vie ou à l’user pour conquérir le pouvoir et l’exercer. Si l’on en croit Alain, les hommes libres «savent bien que tout pouvoir abuse et abusera» (politique , LXVII). Et pourtant, même si l’on en rêve parfois, on ne conçoit pas de société humaine sans pouvoir.

Nombre de spécialistes contemporains définissent la science politique comme l’étude du pouvoir. Cette définition a été récemment contestée. Ainsi, James G. March trouve «décevant» le concept de pouvoir. Et Gérard Bergeron lui découvre trois tares qui le rendraient impropre à tout usage scientifique: il est trop vague; il est ambigu; il est chargé de toutes sortes de préjugés et de passions idéologiques (Fonctionnement de l’État ). Mais que gagnerait-on à le remplacer, comme le propose cet auteur, par la notion de «contrôle»? Celle-ci n’est ni plus précise, ni moins équivoque: Bergeron ne lui reconnaît pas moins de six significations. En outre, elle n’est qu’apparemment neutre par rapport aux idéologies. En détournant l’attention des phénomènes de lutte et de domination, elle privilégie l’une des deux faces que Maurice Duverger distingue dans la politique: d’une part, celle-ci manifeste les antagonismes sociaux; d’autre part, elle produit «une certaine intégration de tous à la collectivité» (Introduction à la politique ). Or l’idéologie consiste à cacher l’un de ces deux aspects de la politique pour ne montrer que l’autre.

L’ambiguïté de l’idée de pouvoir exprime donc bien la réalité ambivalente qu’elle désigne. Comme le dit Georges Balandier, l’ambiguïté est «un attribut fondamental du pouvoir». Il est «en même temps accepté (en tant que garant de l’ordre et de la sécurité), révéré (en raison de ses implications sacrées) et contesté (puisqu’il justifie et entretient l’inégalité)» (Anthropologie politique ). À cause de cette ambiguïté, le pouvoir politique est l’objet de discussions dans lesquelles il n’est pas facile de faire la part du débat scientifique, qui vise à une connaissance plus exacte, et de la controverse idéologique, qui cherche à faire prévaloir des opinions et des intérêts précisément liés aux conflits politiques. Chercher à savoir clairement ce qu’est le pouvoir politique n’est donc pas seulement le souci et l’affaire des spécialistes philosophes, sociologues ou «politicologues»; c’est aussi, pour tout citoyen qui s’intéresse quelque peu à la vie politique, le moyen de mieux comprendre ce qu’il vit et ce qu’il fait. Car il ne s’agit pas seulement de l’objet de la science politique; il s’agit surtout de l’enjeu de l’action politique. En comparant systématiquement des sociétés à la fois très différentes les unes des autres et très différentes de la nôtre, ce qui permet de prendre du recul à l’égard de nos engagements et convictions, la sociologie et l’anthropologie politiques nous aident à penser moins confusément cet objet ambigu, cet enjeu âprement disputé.

1. Nature et caractéristiques

Pouvoir, puissance, influence

Un groupe est un ensemble de personnes qui ont entre elles des rapports réglés, relatifs à une ou plusieurs activités communes. Les actions collectives et la coordination des conduites individuelles qu’elles impliquent, l’établissement et l’application des règles exigent que des décisions soient prises et exécutées. Le pouvoir est l’ensemble des processus et des rôles sociaux par lesquels sont effectivement prises et exécutées ces décisions qui engagent et obligent tout le groupe.

Selon les groupes, les sociétés et les cultures (et parfois, pour un même groupe, selon le genre d’activité), la manière de décider varie, ainsi que les voies et moyens d’exécution. Dans un campement de Tehuelche, Indiens nomades de Patagonie (Argentine), composé de cinq à trente familles (soixante à neuf cents personnes), le chef décidait seul des déplacements du camp et dirigeait la chasse: le soir, pour le lendemain, il communiquait ses décisions par un discours à voix haute prononcé de l’intérieur de sa tente. Il était écouté en silence, et obéi sans discussion. Mais pour la guerre, il devait réunir le conseil des guerriers et obtenir leur consentement unanime à tous les détails des opérations projetées. Les débats duraient parfois plusieurs jours et il arrivait que les propositions du chef fussent rejetées. Dans la plupart des sociétés lignagères, en Afrique et en Océanie, les décisions sont prises à l’unanimité par les anciens. Dans la familia romaine, dans la seigneurie ou le monastère du Moyen Âge, dans la guilde de marchands européens au XIIe siècle ou japonais au début du XIXe dans les grandes firmes industrielles modernes, les modalités du processus de décision sont bien différentes. Mais il y a toujours un pouvoir qui décide, règle, commande et sanctionne.

Ainsi défini, le pouvoir ne peut être confondu ni avec l’influence, ni avec la puissance sociale. L’influence est une relation sociale dans laquelle une personne (ou un groupe) modifie le comportement d’une autre personne (ou d’un autre groupe) par un simple processus de communication. La puissance sociale est une relation dans laquelle la modification de la conduite d’autrui est obtenue grâce aux sanctions (positives ou négatives, avantages ou privations) que l’on est capable de lui appliquer (R. A. Dahl, Modern Political Analysis ). Les sanctions peuvent être économiques (biens et services), «morales» (honneur ou infamie, approbation ou réprobation), physiques (plaisir ou douleur), etc. Dans un camp de Tehuelche, il se peut que certains guerriers, fameux par leurs exploits, aient plus d’influence que d’autres dans le conseil quand on y discute d’un projet d’expédition militaire. Les sophistes et rhéteurs du temps de Socrate prétendaient bien apprendre à leurs disciples à influer par l’art oratoire sur les décisions de l’assemblée du peuple athénien. L’ethnologue R. Barton raconte que, chez les montagnards Ifugao du nord de Luçon (Philippines), qui n’ont pas de juges pour régler leurs querelles mais seulement des médiateurs choisis par les familles adverses, ceux-ci ne réussissent dans leurs laborieuses négociations que grâce à leur puissance, elle-même liée à leur richesse en riz, à leur prestige religieux et à leur réputation de bons chasseurs de têtes. Ils n’ont pas de pouvoir, car ils ne rendent pas de sentences dont l’exécution serait obligatoire. Dans un groupe quelconque (famille, club, atelier, paroisse, syndicat, etc.), ceux qui exercent le pouvoir prennent très souvent leurs décisions sous l’influence prépondérante de certains membres du groupe ou sous la pression de puissances sociales extérieures au groupe.

L’exécution d’une décision met en jeu des relations de commandement et d’obéissance d’une part, de domination et de soumission d’autre part: concrètement, les deux se mêlent toujours en proportions variables. L’obéissance est consentie, quels que soient les motifs ou les raisons du consentement. La soumission est contrainte, quels que soient les moyens employés pour contraindre. On peut, avec de nombreux auteurs, appeler autorité l’aptitude à se faire obéir quand on commande. La domination , au contraire, consiste dans l’incapacité de faire exécuter ses décisions sans recourir à sa puissance pour forcer ou réprimer. Il y a donc bien des rapports entre le pouvoir et la puissance, ce qui n’est pas une raison pour les confondre.

Globalité et souveraineté

Tout ce qui précède s’applique à n’importe quel groupement humain, fût-il réduit à quelques personnes comme une famille, un petit village rural, un bureau de poste, une boutique, une entreprise qui n’emploie qu’une vingtaine d’ouvriers. Mais tout pouvoir n’est pas politique: il y a un pouvoir domestique, un pouvoir économique, un pouvoir religieux, etc. Que veut-on dire quand on précise qu’il s’agit du pouvoir politique ? Les décisions concernent alors les actions collectives et la régulation sociale de la société globale tout entière, et il s’ensuit que le pouvoir politique est le pouvoir suprême ou souverain.

Une société globale (ou société civile, comme disaient les philosophes classiques Hobbes, Locke, Spinoza, Rousseau, Hegel...) est un ensemble de plusieurs groupes particuliers qui diffèrent par l’habitat, la parenté, le métier, etc., mais qui ont entre eux des communications de toutes sortes (échanges de biens et de services, transmission de messages, alliances matrimoniales) plus fréquentes, plus régulières et plus denses qu’avec les groupes étrangers à cette société. Une société globale se forme et se transforme historiquement de manière originale; c’est pourquoi les marxistes préfèrent dire: une «formation économico-sociale». L’ethnographie et l’histoire présentent une grande diversité de sociétés globales: clans et tribus «archaïques», cités antiques, royaumes, empires, seigneuries féodales, nations, fédérations multinationales comme l’ex-Union soviétique ou grandes sociétés multi-ethniques comme les États-Unis et l’Inde... Pour un Tehuelche, les limites de la société globale ne dépassent pas celles de son campement; pour un Ifugao, elle se compose des quelques villages de sa vallée. Avant la colonisation, le pouvoir du moro naba des Mossi (Afrique occidentale) ou du kabaka de Bouganda (Afrique orientale) s’étendait sur un vaste territoire peuplé de plus d’un million d’hommes. L’histoire de France montre comment la petite principauté d’Hugues Capet est devenue le royaume de Louis XIV.

La souveraineté du pouvoir dont les décisions et les commandements concernent toute une société globale ne signifie pas que ce pouvoir est nécessairement absolu, comme l’ont soutenu certains théoriciens (Bodin au XVIe siècle, Hobbes au XVIIe). Elle signifie seulement qu’il est le pouvoir suprême, par rapport aux pouvoirs des groupes particuliers qui composent la société globale, et qu’il est indépendant par rapport à ceux des autres sociétés globales. Nul ne peut faire appel de ses décisions à une instance supérieure. Il n’est pas tenu de céder à une puissance étrangère. En fait, la souveraineté est toujours relative. Elle est parfois très limitée, par exemple quand une société est soumise à l’hégémonie d’une autre, plus puissante. En outre, le pouvoir politique peut être plus ou moins décentralisé: certaines décisions sont alors prises au niveau de petites sociétés globales (clans, tribus, cantons, districts, régions, provinces, républiques fédérées) qui font partie d’une plus grande mais gardent un certain degré d’autonomie.

Parce que les décisions qui relèvent du pouvoir politique engagent et obligent toute la société globale, elles sont l’enjeu d’une compétition très vive entre les divers groupes, catégories, couches ou classes sociales. Des forces politiques s’organisent pour défendre et faire prévaloir les intérêts particuliers qui s’affrontent. Elles s’efforcent d’influer sur les décisions par la propagande et la persuasion ou par la manifestation de leur puissance, éventuellement par la violence qui est souvent le signe de leur faiblesse. Dans la mesure où «l’État possède cette fonction particulière de constituer le facteur de cohésion des niveaux d’une formation sociale» et le «facteur de régulation de son équilibre global», il est aussi «la structure dans laquelle se condensent les contradictions des divers niveaux d’une formation» (N. Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales ). Mais les décisions politiques ne sont pas de pures et simples résultantes d’un rapport de forces: la politique n’est pas une mécanique. Elles dépendent aussi du réseau de communication par lequel les détenteurs du pouvoir sont informés de la situation, puis du traitement de cette information par l’organisation du pouvoir qu’on a pu comparer à une sorte de système nerveux (Karl W. Deutsch, The Nerves of Government ).

Autorité et coercition

Les détenteurs du pouvoir politique assurent généralement l’exécution de leurs décisions par un mélange, en proportions variables, d’autorité et de coercition. Pour soumettre les personnes ou les groupes récalcitrants aux règles prescrites, aux jugements rendus et aux ordres donnés pour l’action collective, ils ont recours aux instruments de la puissance publique : armée, police, milice ou, dans certaines civilisations, sorciers, rites d’appel aux forces surnaturelles ou à la colère des dieux, d’immolation ou d’exécration. Ainsi, chez les Cheyennes (Indiens d’Amérique du Nord), les six associations de guerriers intervenaient pour réprimer les délits (vol de chevaux, indiscipline pendant la grande chasse aux bisons) mais ils appliquaient la règle fondamentale de cette culture selon laquelle tout châtiment doit être suivi d’une réhabilitation. Les Indiens Yurok de la basse Klamath (Californie) n’avaient ni chefs ni police; le règlement pacifique des litiges n’était chez eux possible que par le choix de médiateurs, dont l’intervention était d’autant plus efficace qu’ils possédaient le secret de formules magiques plus réputées. Dans la petite île mélanésienne de Tikopia, l’ethnologue R. Firth a observé que le chef d’un clan de deux à trois cents personnes est assisté de quelques agents de police (les maru ) recrutés parmi les plus vigoureux de ses proches parents. Dans une autre île mélanésienne, Wogeo, H. I. Hogbin montre que le chef d’un clan d’une soixantaine de membres ne dispose pas d’une force publique de ce genre; mais il est le sorcier suprême, maître du plus puissant yabou qui lui permet de venger la victime de tout autre sorcier. Dans l’Empire romain, l’empereur n’était rien sans l’armée. À partir de la fin du IIe siècle, ce n’était plus l’empereur qui disposait de cet instrument de la puissance publique, mais bien plutôt celui-ci qui désignait et déposait les empereurs: en 193, les prétoriens de Rome tuèrent dans son palais l’empereur Pertinax et mirent le pouvoir aux enchères; sous Gallien, qui ne commandait plus qu’en Italie, l’Empire fut divisé par les armées provinciales en vingt parties qui avaient chacune leur «empereur». On sait assez quelle est l’importance de l’armée et de la police dans les États contemporains, qu’ils soient industrialisés ou «sous-développés». Pour être un moyen efficace imposant l’exécution des décisions politiques, la puissance publique doit être supérieure à la puissance de n’importe quel groupement particulier ou de n’importe quelle coalition de forces privées. Mais cette supériorité même rend possible un grand nombre d’abus.

Cependant, comme le dit Rousseau, «le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir» (Du contrat social , I, II). Le pouvoir politique ne peut être uniquement ni indéfiniment coercitif et répressif. L’obéissance est consentie aux commandements des gouvernants dans la mesure où les gouvernés croient que leur pouvoir est légitime. Les principes de légitimité varient selon les civilisations, les sociétés et les idéologies. On peut justifier le pouvoir politique par la possession de la puissance magique (le mana ), par la volonté des ancêtres, des dieux ou de Dieu, par l’ordre cosmique, par la souveraineté du peuple, par l’indépendance nationale, par la dictature du prolétariat, par la supériorité d’une race ou d’une caste, par la compétence, par les qualités exceptionnelles attribuées à une personne, etc. Dans tous les cas, la doctrine de légitimité, qui assure le soutien des autorités publiques par la plupart des membres importants d’une communauté politique (D. Easton, A Systems Analysis of Political Life ), se réfère à des valeurs fondamentales, à ce qui est sacré pour une culture déterminée. «Tout pouvoir, parce que pouvoir, est épiphanie» (Luc de Heusch, Le Pouvoir et le sacré ).

La célèbre définition de Max Weber suivant laquelle l’État se caractérise par le monopole de l’usage légitime de la violence (Le Savant et le politique ) unit bien l’autorité à la puissance. Elle a néanmoins l’inconvénient de mettre l’accent sur la coercition, considérée comme le moyen spécifique du pouvoir politique, dont la légitimité ne serait qu’un caractère annexe. L’idéologie politique ne légitime pas seulement l’usage de la violence par les autorités. Elle les dispense d’y recourir sans cesse, en justifiant l’obéissance à leurs commandements. C’est pourquoi une crise de légitimité se manifeste par une coercition croissante et une autorité de plus en plus contestée. Ce fut le cas du pouvoir monarchique en Grande-Bretagne en 1648, et en France en 1789.

2. Formes du pouvoir politique

Si l’on en croit certains auteurs, il n’y a pas de relation proprement politique entre des hommes sans que les gouvernants soient distincts des gouvernés et qu’une organisation sociale, si rudimentaire soit-elle, soit spécialisée dans la fonction de décider, régler, commander. Ainsi Pierre Duclos considère qu’une société est «politifiée» dans la mesure où elle comporte «une organisation spéciale capable de maintenir, à défaut de l’approbation, de l’assentiment ou de l’accord des membres du groupe, la cohésion, la survie, l’adaptation de celui-ci au moyen de l’influence qu’elle exerce par la vertu de la contrainte monopolisée à son profit» (La Politification ). Or des sociétés humaines ont existé jusqu’à nos jours sans chefs ni gouvernants: les Nuer du Soudan méridional, les Amba de l’Ouganda, les Esquimaux, les Pygmées d’Afrique, les Semang de Malaisie. Montesquieu savait déjà que les peuples qui ignorent l’agriculture et le partage des terres sont réglés par les mœurs plutôt que par des lois (De l’esprit des lois , XVIII, XIII). Même dans les États modernes, certaines règles sont des «usages que les lois n’ont point établis» (ibid , XIX, XVI), que les gouvernants n’ont pas à faire respecter et auxquels, néanmoins, on se conforme communément dans la vie politique.

On peut appeler pouvoir immédiat cette régulation qui ne passe pas par l’intermédiaire d’une personne, d’un groupe ou d’une institution. Ainsi, l’ethnographe P. Schebesta montre comment, dans une bande de Semang de la forêt malaise, la décision de déplacer le camp est prise au cours d’une discussion générale qui peut durer des heures: chacun donne, de sa hutte, son avis, jusqu’à ce qu’une opinion prévalente se dégage. Le processus de décision ne passe donc pas, comme dans le campement de Tehuelche, par la médiation d’un chef, et la règle de la majorité, acceptée par tous, n’est décrétée ni imposée par personne. À Madagascar, en pays mérina, l’assemblée de la communauté de lignage et de voisinage (fokon’olona ), avant de devenir l’unité de base de l’administration du royaume, ne décidait qu’à l’unanimité, suivant une règle immédiate. La constitution non écrite du Royaume-Uni de Grande-Bretagne est composée, dans une large mesure, d’usages qui se sont établis et qui sont respectés sans médiation politique formelle.

Il reste que, dans la plupart des sociétés humaines, le pouvoir politique est exercé par des personnes ou par des groupes organisés auxquels est reconnu spécialement le droit de décider et de commander souverainement: les gouvernants. Ce pouvoir médiatisé peut être soit individualisé, soit institutionnalisé. Il est individualisé quand celui qui exerce le pouvoir le possède comme un bien propre dont il peut user et abuser à sa guise, sans être astreint à observer des règles préétablies. La volonté du chef, du seigneur ou du prince fait toute loi et n’est elle-même obligée par aucune loi. En France, au XVIe siècle, Bodin a cherché à justifier le pouvoir individualisé du roi contre ceux qui voulaient l’astreindre au respect des «lois fondamentales du royaume»; il affirmait que «la loi dépend de celui qui a la souveraineté, qui peut obliger tous ses sujets et ne s’y point obliger soi-même» (Six Livres de la République ). En Angleterre, au XVIIe siècle, la doctrine de Hobbes légitimait, par une conception originale du pacte social, l’individualisation du pouvoir souverain, qu’il fût monarchique ou républicain. Le châtelain du centre de la France, au XIe siècle, après l’éclatement et l’émiettement du pouvoir régalien, concentrait et confondait entre ses mains les droits de propriété foncière, de commandement militaire et de juridiction (le ban): il détenait un pouvoir politique individualisé. D’autres figures historiques concrètes de cette forme de pouvoir sont données dans le despotisme oriental, analysé par Karl Wittfogel, dans l’Antiquité romaine par Marius et Jules César, au Japon par les sh 拏gun Tokugawa des XVIIe et XVIIIe siècles, et, au XXe siècle, par le duce , le Führer , le caudillo , le «génial père des peuples de l’U.R.S.S.», le ra’ïs...

L’individualisation du pouvoir ainsi définie ne saurait être confondue avec ce qu’on a récemment désigné par l’expression de «personnalisation du pouvoir»: celle-ci consiste à mettre en vedette et à populariser, dans la propagande politique, une image de la personnalité physique et psychologique des gouvernants qui tend à remplacer les symboles impersonnels et les idées abstraites. Ce phénomène est lié à l’utilisation croissante des moyens de communication de masse et des techniques audio-visuelles par la propagande. La personnalisation du pouvoir peut accompagner et servir son individualisation. Mais elle n’est pas incompatible avec le pouvoir institutionnalisé.

Si l’on définit l’institution (par opposition à l’association) comme un groupe social organisé selon des règles indépendantes de la volonté de ses membres, le pouvoir politique est institutionnalisé dans la mesure où il ne peut être exercé sans que soient respectées des règles qui ne relèvent pas de la volonté des gouvernants, mais d’un «pouvoir constituant» distinct et supérieur. Dans bien des cas, ces règles sont purement coutumières, et le pouvoir constituant est lui-même immédiat. Parfois, une personne ou un groupe est spécialisé dans la fonction de veiller à leur application. Ainsi, en Afrique, un chef Tchagga (Tanzanie) considéré comme indigne du pouvoir parce qu’il violait la coutume pouvait être déposé par l’assemblée des guerriers, c’est-à-dire des hommes de trente à quarante-cinq ans; et le citimukulu des Bemba (Zambie) devait tenir compte de l’avis de quarante conseillers héréditaires, représentant les lignages les plus anciens et chargés de certains rites indispensables à l’exercice du pouvoir. Dans la cité grecque de l’Antiquité, le pouvoir constituant était généralement attribué à des législateurs légendaires (Solon, Lycurgue). Dans les États modernes, les règles du jeu politique sont le plus souvent formulées dans des constitutions écrites établies par des assemblées constituantes composées de représentants du peuple. Une telle constitution peut être amendée au cours du temps, voire abolie et remplacée par une autre: peu de pays ont connu autant de constitutions successives que la France depuis 1791. Le contrôle de la constitutionnalité des lois et celui de la légalité des décisions du gouvernement est confié, dans certains régimes, à des juridictions spécialisées: la Cour suprême aux États-Unis; le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État en France.

Les trois formes du pouvoir politique ne sont pas trois phases nécessaires dans l’histoire de toutes les sociétés humaines: une telle confusion relèverait d’un évolutionnisme simpliste et naïf. En fait, elles coexistent toujours dans une société donnée à un moment donné. Mais, le plus souvent l’une d’elles est prépondérante: le plus grand nombre des décisions politiques importantes sont prises sous cette forme. Le pouvoir immédiat l’emporte dans certaines sociétés très «archaïques», c’est-à-dire pourvues de techniques rudimentaires, économiquement peu développées, morphologiquement peu volumineuses et de faible densité sociale. Le pouvoir institutionnalisé est prépondérant dans beaucoup de sociétés dites «modernes» ou «industrielles», bien que l’histoire du XXe siècle ait montré plusieurs cas d’individualisation d’un pouvoir politique auparavant plus institutionnalisé. La prédominance du pouvoir individualisé caractérise en général les pays dits «en voie de développement».

Les formes de pouvoir politique sont à rapprocher des types de légitimité que distinguait Weber: le type traditionnel, le type «charismatique» et le type légaliste. Chacun indique l’idéologie légitimante qui justifie chaque forme du pouvoir. La croyance en la sainteté des traditions légitime le pouvoir immédiat, coutumier. La confiance dans les dons exceptionnels ou les qualités éminentes du chef justifie le pouvoir individualisé. La croyance en la rationalité des règles de droit incite à obéir au pouvoir institutionnalisé.

3. Degrés et modes d’organisation

L’histoire et l’ethnographie fournissent à l’anthropologie politique une multitude d’informations sur la vie politique d’un grand nombre de sociétés globales. Les modalités d’organisation du pouvoir souverain y sont très diverses: dans ce foisonnement il est difficile de mettre de l’ordre et de la clarté. On peut cependant repérer une échelle graduée des degrés d’organisation et quelques variables essentielles qui définissent les types d’organisation ou régimes politiques.

Les sociétés humaines connues peuvent être rangées suivant un ordre de différenciation et de spécialisation croissantes des rôles politiques. Dans certaines d’entre elles, qui ont subsisté jusqu’au XXe siècle, ces deux dimensions sont réduites à un minimum qui tend vers zéro: il en est ainsi d’Indiens des forêts du Brésil avant leur mise en «réserves» ou leur extermination, des Esquimaux avant leurs premiers contacts avec les Européens ou les Américains, des Pygmées africains, des Tchouktchi du Nord-Est de la Sibérie et des autochtones des îles Andaman en Asie du Sud-Est, des Turkanas du Soudan méridional. Dans ces sociétés à pouvoir minime , certains notables peuvent prendre temporairement de l’influence sur leur groupe ou acquérir du prestige, mais nul n’a le privilège de décider et de commander. Le respect de coutumes incontestées, la crainte de sanctions surnaturelles ou de la réprobation publique, le droit de vengeance ou le recours à la médiation en cas de litige suffisent à la régulation sociale.

Dans les sociétés à pouvoir diffus , les rôles politiques ne sont pas spécialisés: ils sont mêlés à divers autres rôles sociaux et, pour ainsi dire, dilués. Il n’y avait pas de gouvernants chez les Lobi de la Haute-Volta, mais certaines décisions souveraines étaient prises par le prêtre de la Terre, d’autres par les chefs de marchés, d’autres encore par les magiciens des différentes confréries ou par les prêtres des funérailles.

Dès qu’une personne ou un petit groupe se trouve quelque peu spécialisé dans un rôle de direction des actions collectives ou de régulation sociale qui dépasse les limites d’un lignage ou d’un village, on est en présence d’une chefferie restreinte. Les quatre groupes locaux et les huit groupes de parenté de l’atoll d’Ifalik (Micronésie), observés par M. E. Spiro et E. G. Burrows en 1947-1948, formaient une société globale qui obéissait à un collège de cinq chefs hiérarchisés quant au prestige, mais non quant au pouvoir: ils prenaient des décisions unanimes pour les grandes entreprises collectives (expéditions de pêche en pleine mer, construction de pirogues), pour le blâme ou la punition des méfaits et la conciliation des lignages en litige. Mais ces chefs ne disposaient d’aucune «administration», d’aucune «force publique». Seule leur autorité traditionnelle soutenue par le consensus de l’opinion publique leur permettait de se faire obéir. Dans les sociétés indiennes d’Amérique, selon P. Clastres, le chef «n’est jamais assuré que ses «ordres» seront exécutés; cette fragilité permanente d’un pouvoir sans cesse contesté donne sa tonalité à l’exercice de la fonction: le pouvoir du chef dépend du bon vouloir du groupe» (Échange et pouvoir ).

Si l’on observe une sorte de division du travail entre les gouvernants et si ceux-ci sont assistés d’agents subalternes et spécialisés, on peut parler d’une chefferie développée , tantôt monarchique (par exemple, chez les Azande d’Afrique centrale, les Trobriandais de Mélanésie ou dans la France mérovingienne), tantôt oligarchique (comme chez les Cheyennes de la Prairie nord-américaine). On peut réserver le nom d’État à une organisation complexe et hiérarchisée, qui comporte de multiples rôles, offices et services publics attribués à toutes sortes d’agents spécialisés et liés entre eux par un réseau de communications verticales ou horizontales. Les sociétés contemporaines sont toutes pourvues de cet appareil de gouvernement. Marx (Le 18-Brumaire de Louis Bonaparte ), Durkheim (Leçons de sociologie. Physique des mœurs et du droit ) et Bertrand de Jouvenel (Du pouvoir: histoire naturelle de sa croissance ) ont montré comment l’organisation du pouvoir politique se développe historiquement en même temps que les sociétés globales croissent en taille, en variété et en oppositions internes, en capacité d’échanges et de tensions avec les autres. Dans la civilisation industrielle, «le pouvoir tend à être total , c’est-à-dire à déterminer directement l’ensemble de l’organisation sociale» (A. Touraine, Sociologie de l’action ).

En Occident, l’Empire romain, du Ier siècle avant J.-C. au Ve après J.-C., a fourni le prototype historique de ce développement de l’État, lié à l’expansion territoriale et finalement impuissant à empêcher la désintégration, sous le choc des invasions barbares, d’une société globale trop vaste et trop hétérogène. Des analogies, voire des équivalences, peuvent être trouvées en Orient avec la Chine sous la dynastie des Han (II e s. av. J.-C.-IIe s. apr. J.-C.), dans l’Amérique précolombienne avec l’empire des Incas, en Afrique avec les grands royaumes précoloniaux (Axoum au IVe s. apr. J.-C., Mali au XIVe, Congo et Songhaï au XVIe, Darfour au XVIIe, Nupé au XVIIIe, Mossi du XIVe au XIXe s.).

Ainsi, la première variable à prendre en considération quand on veut comparer l’organisation du pouvoir politique dans plusieurs sociétés différentes est son degré de développement, c’est-à-dire la variété des rôles spécifiquement politiques et la complexité de leurs interactions. Les autres variables essentielles sont la centralisation ou la décentralisation du pouvoir, sa concentration ou sa dispersion, le pluralisme ou le monisme dans la compétition pour le pouvoir, enfin le caractère plus ou moins sélectif du recrutement des gouvernants. Selon les régimes, le pouvoir politique est distribué, dans des proportions différentes selon les cas, en centres de décision plus ou moins autonomes situés à différents échelons du découpage en segments de parenté (famille nucléaire, famille étendue, lignage minimal, lignage maximal, clan, tribu) ou en subdivisions territoriales (commune ou canton, district ou département, région ou province, nation ou État, fédération ou confédération). Selon les régimes, le pouvoir politique est plus ou moins concentré entre les mêmes mains ou bien, au contraire, réparti en fonctions distinctes attribuées à des organes différents: la prétendue «séparation des pouvoirs» recommandée par Locke et Montesquieu est en réalité une manière particulière de concevoir la déconcentration du pouvoir politique. Bergeron préfère distinguer quatre fonctions politiques principales: deux fonctions impératives (gouvernement et législation), deux fonctions exécutives (administration et juridiction). Elles peuvent être tantôt détenues par les mêmes personnes, tantôt confiées à des personnes ou à des institutions différentes. La compétition pour le pouvoir peut opposer plusieurs forces organisées distinctes ou se produire au sein d’une seule et même organisation, entre des factions ou des cliques: dans les États modernes, où les forces politiques sont organisées en partis, Duverger invite à distinguer les régimes à parti unique, à parti dominant, à deux partis et à partis multiples (Les Partis politiques ). Enfin, l’accès aux divers rôles politiques qui impliquent l’exercice du pouvoir peut être plus ou moins ouvert à tous les groupes et toutes les catégories, couches ou classes sociales, ou au contraire réservé à une «élite» assez restreinte et strictement sélectionnée selon divers critères. Dans les pays industrialisés, quel que soit leur régime économique (capitalisme ou socialisme), les variations de cette dernière variable, essentielle, sont liées au conflit entre les tendances bureaucratiques ou technocratiques d’une part, et les aspirations ou revendications démocratiques d’autre part.

4. Fondement du pouvoir politique

Il appartient aux philosophes de se demander quelle est la raison d’être des réalités que constatent les hommes de science, ainsi que des relations objectives entre ces réalités qu’ils conçoivent et vérifient. Le pouvoir politique, ses formes, ses modes d’organisation sont des réalités que la science politique constate et cherche à expliquer. Pourquoi n’y a-t-il pas de société humaine sans pouvoir politique? Ou bien, si de telles sociétés existent, à quelles conditions peuvent-elles s’en passer? Ces questions sont philosophiques. La tradition de la pensée occidentale leur donne deux réponses contraires, entre lesquelles le débat s’est renouvelé sans cesse du Ve siècle avant J.-C. au XIXe siècle: selon le première, le pouvoir politique est une nécessité inscrite dans l’ordre de la nature; selon la seconde, le pouvoir politique est un artifice qui résulte d’un accord passé entre les hommes pour mettre fin à des conditions naturelles d’existence jugées insupportables.

La doctrine de la nécessité naturelle se dédouble elle-même en deux thèses opposées. Si l’ordre de la nature est un champ de forces qui s’affrontent, il est conforme à la loi naturelle et donc nécessaire que ceux qui sont à la fois les plus forts et les plus rusés dominent les autres. Le pouvoir politique n’est alors rien d’autre que cette domination fondée sur une nécessité de fait, d’ordre physique. Mais si l’ordre de la nature est une harmonie qui exprime ou reflète la raison universelle, il est conforme à la loi naturelle et donc nécessaire que les relations entre les hommes soient réglées harmonieusement par des normes universellement valables (le «droit naturel») et que certains hommes spécialement choisis et qualifiés veillent au respect de ces règles. Le pouvoir politique n’est alors rien d’autre que ce gouvernement raisonnable, fondé sur une nécessité de droit, d’ordre logique: il s’ensuit qu’on ne doit pas obéir aux commandements qui seraient contraires au «droit naturel».

Malheureusement, aucun raisonnement démonstratif n’a jamais pu établir quelles sont ces règles imposées par la raison universelle. Chaque philosophe a tendance à trouver naturelles les normes admises dans la société de son temps. L’esclavage était, pour Platon et Aristote, conforme à la loi naturelle, comme il est naturel pour un Esquimau de tuer ses parents trop âgés. La découverte par l’Occident de civilisations différentes de la sienne a exposé les doctrines du droit naturel au doute et à la contestation, en montrant la diversité et la relativité des règles de droit et des formes de pouvoir. Les essais de Montaigne sur la coutume ou sur les cannibales, au XVIe siècle, et certaines pensées de Pascal au XVIIe en témoignent déjà: «Qu’est-ce que nos principes naturels sinon nos principes accoutumés? [...] Une différente coutume nous donne d’autres principes naturels, cela se voit par expérience.» Les doctrines du contrat social, qui se sont développées en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles, ne sont guère moins présomptueuses que celles du droit naturel lorsqu’elles prétendent fonder le pouvoir politique sur une «première convention» qui, pour tout groupement humain, comporterait les mêmes clauses «rationnelles», effectuant ainsi le passage de l’«état de nature» à l’«état civil». Les philosophes ne s’accordent d’ailleurs pas plus sur les clauses du pacte social que sur les règles du droit naturel.

Au XIXe siècle, quand les sciences humaines ont commencé à se constituer, certains philosophes, dont Montesquieu est le précurseur, ont tenté de répondre à la question du fondement du pouvoir politique par l’observation et la comparaison des réalités historiques et sociales plutôt que par le raisonnement spéculatif ou la réflexion critique sur l’expérience vécue. Marx et Engels ont ainsi cru trouver la raison d’être du pouvoir politique dans la lutte des classes. «Selon Marx, l’État est un organe de domination de classes, un organisme d’oppression d’une classe par une autre» (Lénine, L’État et la révolution ). Dans la «communauté primitive», dont Engels avait cru trouver un exemple chez les Iroquois étudiés par l’ethnographe L. H. Morgan, il n’y a ni classes sociales ni pouvoir politique. Mais, dès que la division du travail aboutit à la formation de classes sociales dont les intérêts s’opposent, une «superstructure» politique (l’État) apparaît, puis se développe. «Le pouvoir public se renforce à mesure que s’aggravent les antagonismes de classes au sein de l’État et à mesure que les États contigus deviennent plus forts et plus peuplés» (Engels). Un auteur contemporain affirme encore, dans la lignée de Marx et d’Engels, que «le politique coïncide avec l’émergence d’un appareil autonomisé de gouvernement en rapport avec un groupe spécialisé et privilégié qui monopolise la gestion étatique» (Poulantzas). De ces prémisses, le marxisme déduit une prévision: dans la société sans classes antagonistes établie par la révolution et la dictature du prolétariat, le pouvoir politique perd sa raison d’être; il ne peut que dépérir peu à peu et finir par disparaître.

En fait, l’ethnographie connaît maintenant des sociétés divisées en classes et dépourvues de «superstructure» politique: les Ifugao des Philippines, par exemple. Et l’histoire contemporaine ne montra aucun signe de dépérissement du pouvoir politique dans les sociétés où les antagonismes de classes, au sens marxiste du terme, étaient censés abolis, mais où subsistèrent toujours les tensions et conflits sociaux. L’anthropologie politique suggère plutôt l’hypothèse suivante: le fondement du pouvoir politique est à chercher dans sa fonction intégratrice. Une société globale est toujours plus ou moins menacée d’éclatement par l’innovation sociale. À la différence des autres espèces animales qui vivent socialement, l’espèce humaine est capable d’innovation, donc d’évolution historique sans mutation biologique. Mais l’innovation provoque des disparités, des décalages, d’une part entre les systèmes sociaux d’une même société, d’autre part entre les différentes sociétés. Des conflits et des crises se produisent qui tendent à désintégrer les sociétés globales. Le pouvoir politique est l’artifice par lequel elles parviennent à subsister, non sans se transformer. On peut vérifier que les sociétés humaines les plus closes, les plus homogènes et les moins innovatrices sont celles qui présentent le degré minimal d’organisation du pouvoir politique. Si cette hypothèse est juste, il est déraisonnable d’attendre un dépérissement du pouvoir politique dans les sociétés modernes où le taux d’innovation est très élevé et le rythme des changements très rapide. En revanche, les transformations de son mode d’organisation et de fonctionnement y sont de plus en plus probables.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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